LE SENS DE LA FÊTE

10 décembre 2021

Par Benjamin Simmenauer

Le philosophe, professeur à l’Institut Français de la Mode, revient sur la symbolique de la fête post-pandémie et décrypte les façons dont elle s’illustre dans les prochaines collections de prêt-à-porter.

 

Quelle place la fête occupe-t-elle dans notre société post-pandémie ?

Le confinement nous a coupés de la nuit pendant un an et demi. Faire la fête ne nous semble plus acquis comme avant. C’était une activité banale, elle est devenue exceptionnelle donc nous avons envie d’en profiter. Avec une certaine nostalgie, on cherche à retrouver cette insouciance. Ceci étant, les gens restent encore méfiants à l’idée de se réunir à nouveau, parfois cela renvoie même à une dimension transgressive. C’est assez contradictoire mais on y va à la fois plus prudemment et plus intensément.

Certains ont parlé d’une émulation semblable à celles des Années Folles qui ont suivi la guerre, qu’en pensez-vous ?

Je n’ai pas la sensation qu’on assiste au même effet de décompensation de l’après-guerre ou suivant une crise grave. La société dans son ensemble me semble plus convalescente qu’électrisée. Quand on évoque la fête, il y a aussi cette idée de liberté de mouvement, cette capacité de voyager, ce qui n’est pas encore si évident avec l’obligation du pass sanitaire et certaines frontières fermées. L’ambiance générale n’est pas totalement sortie de la morosité, contrairement à ce que l’on voit sur les derniers défilés extrêmement enthousiastes. J’ai l’impression que la projection optimiste de la mode arrive un peu tôt.

Sequins, dorures, robes de soirée… pourquoi la mode s’est-elle autant emparée de cette envie de faire la fête ?

C’est une industrie qui vit du désir de paraître donc des occasions de s’habiller. Elle nous incite à sortir en nous montrant des circonstances de fêtes car si elle se cantonne à un vestiaire pour participer à des réunions Zoom à domicile, elle perd de son sens. Côté consommateurs, ce vestiaire plus habillé renvoie à cette envie de renaissance, de renouer avec un mode de vie plus festif, plus agréable tout simplement. Reste à savoir si l’on en est encore capable car en parallèle, on perçoit aussi un mouvement contraire de repli sur soi, de prudence, de méfiance réciproque. C’est le buzz de la cagoule de Kanye West comme le succès de la série Netflix Squid Game qui reflètent une société qui a encore du mal à être dans le partage et l’enthousiasme.

L’année écoulée a consacré le comfortwear, comment cette nouvelle silhouette a-t-elle intégré cette dimension ?

On assiste à une évolution culturelle avec des vêtements de plus en plus « casual ». Nous ne sommes pas prêts à renoncer au confort acquis pendant le confinement. Résultat : les collections du printemps/été 2022 font la synthèse entre cette envie de cocooning et un désir plus festif, d’où la naissance d’un nouveau vestiaire entre le jogging doudou et la tenue de soirée qui accompagne désormais le mouvement avec souplesse.

Dans ce nouveau vocabulaire, la lingerie semble à nouveau se dévoiler ?

Les collections ont mis en valeur la sexualité débraillée des années 2000, des codes qui renvoient à l’archétype de la femme-objet mais qui n’ont plus du tout le même sens vingt ans après. On assiste à une réappropriation féministe du vêtement sexualisé, d’autant que ces propositions émanent de designers femmes. La lingerie apparente mais aussi les échancrures et les découpes qui révèlent le corps… La signification de ce retour ? L’envie des créateurs de promouvoir la fête, la liberté, la sensualité mais aussi de proposer un antidote à la morosité.

 

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