Point de vue : Paloma Casile

19 mars 2019

Quelle est pour vous l’essence d’une lingerie design ?
Paloma Casile / Je dirais qu’il s’agit de jouer avec les contraintes pour créer des lignes sur des produits en laissant des coutures très apparentes : cette coquetterie n’a rien d’accessoire car les coutures sont indispensables à la construction du modèle. C’est aussi utiliser les éléments obligatoires de la corseterie, tels le placement de la dentelle, le jeu et le positionnement des élasticités ou encore la visibilité des coutures, pour proposer un design très graphique. La transparence sur le passage des bretelles dans le dos des soutien-gorge apporte une touche très architecturale là où avant, on aurait opacifié ces attaches fonctionnelles. C’est ce jeu avec les contraintes qui participe selon moi à moderniser la lingerie : il n’est pas toujours nécessaire d’abandonner des choses, il suffit au contraire ici de les montrer.

Est-ce pour vous une tendance qui tend à se pérenniser ?
P.C. / Nous sommes passés d’une lingerie qu’on voulait invisible à une lingerie qu’on veut montrer ; la meilleure façon de le faire étant de travailler sur le décolleté. Soit on le fait beaucoup avec des modèles aux lanières très visibles, soit on ne le fait pas du tout. Il est important d’avoir plusieurs propositions dans les collections. Nous avons justement choisi de développer ces deux solutions pour des choses plus confortables : c’est aussi ce qu’on attend aujourd’hui d’une marque de corseterie. Du style bien évidemment mais aussi du confort. Ce qui ne veut pas dire que les straps interdisent le confort mais il sous-entend une certaine séduction : les femmes attendent aussi des choses plus « simples », plus épurées.

Inscrivez-vous toujours vos collections dans une tendance « strapping » ?
P.C. / Ce qui nous différencie des autres marques à l’inspiration purement bondage, c’est une version adoucie de ces codes dans une démarche plus design, plus bijou. Si les anglo-saxons assument très bien le strapping, nous les Français assumons moins la connotation érotique du bondage. Nous n’avons pas la même façon de voir la féminité et l’important est pour nous de proposer quelque chose de différent sur une même idée. C’est aussi notre image de marque la présence de ces straps très élégants, avec un placement juste, travaillé avec des élastiques en mousseline transparente, des fermoirs rectangulaires très simples bien que brillants. Notre bouclerie simplifiée au maximum va apporter un côté « bijou » : du coup, ce sera plus identifié à un collier sous un tee-shirt.

Quelles sont les matières et couleurs privilégiées cette année ?
P.C. / Je n’ai fait que du noir pendant trois ans et cette saison, c’est un peu le festival des couleurs chez nous. On a successivement introduit l’ivoire, le bordeaux, le bleu marine l’été dernier et on va ajouter le nude et un vert kaki très léger. Je me suis ouverte à la couleur pour répondre à une demande.
Même si la couleur est séduisante au premier abord, les clientes repartent de notre boutique avec un ensemble noir dans 90% des cas. J’ai essayé plein de choses depuis que j’ai lancé ma marque et au bout du compte, on ne vend bien que la dentelle. Je travaille donc avec des denteliers d’exception en Italie ou à Calais : les Italiens n’ont pas peur d’oser des mélanges incroyables avec des dentelles électroniques. À Calais, on sera plutôt sur du très beau motif, bien dessiné. Avec Jean-Bracq, on ne travaille qu’avec des dentelles en coton/ nylon (sinon ça ne peut pas tenir).
Les femmes n’ont plus envie de choses floues, et demandent des choses très tranchées, très marquées et très « instagrammables ». Ça m’a toujours séduite cet impact visuel très important en photo.
J’utilise aussi du crêpe de jersey, une technique de tissage qui donne un aspect extrêmement mat au tissu. Et c’est très confortable. Il y a tellement de matières satinées sur le marché que j’ai préféré utiliser du crêpe, du tulle.
Dans la nouvelle collection, nous avons des mailles très épaisses, très mates, très noires ou alors des tulles assez fin nudes entre le taupe et le capuccino.
Soit pour apporter un côté très opaque, très tranché face à une dentelle très transparente ou à l’inverse, pour affiner le style du modèle.

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